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Plus qu’une simple table, un symbole.

Du bois, rien que du bois ? Oui, mais pas uniquement. Cette table basse est la plus grande et la plus massive jamais sortie de l’atelier. C’est aussi un objet doté d’une charge symbolique forte.

Revenons sur cette création hors normes qui a vu le jour au printemps 2024.

Tout a commencé par l’expression d’une envie : « Cette table sera robuste ou ne sera pas ». L’enjeu était ici de réaliser un meuble de salon qui occuperait son environnement avec noblesse tout en faisant dans le même temps la part belle au matériau choisi. Nous sommes ici dans les terres froides du Dauphiné, un territoire largement peuplé par les châtaigniers, des arbres au port digne dont les troncs atteignent couramment plusieurs mètres de circonférences. Leur espérence de vie se compte en siècles et nombreux sont les spécimens qui bordent les champs et les sentiers bucoliques de la campagne nord-iséroise.

Dans le Dauphiné, il n’est pas rare de tomber sur un châtaignier pluri-centenaire au détour d’un sentier tracé entre les champs. Certains sont parfois complètement dégarnis à leur sommet. On dit ici qu’ils ont pris « un coup d’arc-en-ciel ».

On retrouve évidemment les châtaigniers en épais bosquets, vestiges de leur exploitation passée. C’est que cet arbre n’est pas seulement beau et majestueux, il a été aussi fort utile à bien des égards au cours de l’Histoire ; son bois, imputrescible et souple, est largement employé au cours des siècles pour la construction de charpentes. En Dauphiné, vous reconnaîtrez aisément un solivage en châtaignier par les impressionnantes fissures dans la longueur des bois, dues à une tension naturelle du matériau. Bien sûr, son fruit était largement consommé par la paysannerie, incorporé dans la cuisine simple du quotidien ou réduit en farine. Et puisque rien ne devait se perdre, on utilisait volontiers son feuillage fané en litière et paillage. En Ardèche et jusque dans les Cévennes, des petits bâtiments de pierres sèches, les clèdes, se trouvant dans les châtaigneraies, servaient à faire sécher les châtaignes pour les extraire de leur bogues piquantes.

Pendant la guerre des Cévennes, au tout début du XVIIIe siècle, les populations protestantes en révolte contre la politique d’oppression de la couronne de France ont pu se reposer sur une ressource alimentaire abondante et dont elles avaient la maîtrise, tant dans la production que dans l’utilisation courante : la châtaigne. 

C’était donc une évidence  : lorsque le stock de l’atelier s’est trouvé enrichi de jolies poutres de cette essence magnifique, l’idée d’un hommage à la beauté, à la noblesse mais aussi à la rusticité du châtaignier s’est imposée. Le bois provient du chantier de rénovation d’une ancienne maison dauphinoise du Nord-Isère, ce bâti traditionnel en terre crue banchée, très souvent doté de charpente en châtaignier, matériau présent en abondance depuis plusieurs siècle dans le paysage vallonné du piémont chartrousain.

Alors pas de fioriture : on prend ce bois avec ses défauts et ses qualités, avec les traces de son histoire, sa force et ses blessures. Le but, c’est de ne rien cacher mais de sublimer. Le matériau doit rester massif et plein. Les poutres sont d’abord découpées aux dimensions souhaitées puis rabotées pour égaliser les formats. Déjà, lors de ces premières opérations, le bois se révèle.

Deux chevrons sont ensuite intégrés perpendiculairement à l’assemblage par mortaisage des pièces à la scie circulaire. On emprunte le geste aux charpentiers, considérant le volume à travailler. Les chevrons sont collés puis vissés avec des vis de charpente.

Le plateau est assemblé. Une longue étape de ponçage vient préparer la finition. Une huile de lin bouillie est appliquée en deux couches pour rendre le bois résistant à un usage quotidien et pour en sublimer les contrastes.

Enfin, on appose un piètement métallique composé de quatre pieds en épingle, dotés de quatre points d’ancrage chacun, pour garantir une tenue maximale de l’ensemble dans le temps. En effet, le plateau seul pèse un peu plus de quatre-vingt kilos, ce qui signifie qu’il ne faut pas laisser le moindre doute subsister quant à la solidité des pieds de cette table.

Cette pièce est une grande fierté pour moi. Depuis la création de l’Atelier Vegvisir et son installation en Isère, aux portes du massif légendaire de la Chartreuse, j’avais cette idée de créer un objet qui soit emblématique de la région. Je ne pensais pas qu’il atteindrait de telles proportions !

Vous souhaitez découvrir les créations disponibles ? Visitez la collection de l’Atelier Vegvisir.

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